Kazan et Volga
Kazan la tatare, son kremlin Unesco où mosquée et cathédrale se font face, puis la descente de la Volga jusqu'à Astrakhan par Samara et Volgograd.
Kazan se situe à la confluence de la Volga et de la Kazanka, à 800 kilomètres à l'est de Moscou. Capitale de la République du Tatarstan, république autonome au sein de la Fédération de Russie, la ville compte 1,3 million d'habitants partagés à parts presque égales entre Tatars musulmans et Russes orthodoxes. Cette dualité religieuse et linguistique structure le quotidien : panneaux bilingues russe et tatar, appels à la prière qui répondent aux cloches, écoles confessionnelles des deux traditions. Notre équipe basée à la capitale organise les transferts depuis Moscou en train de nuit, douze heures de couchette, ou en avion, une heure trente jusqu'à l'aéroport de Kazan.
Le kremlin de Kazan, inscrit à l'Unesco depuis 2000, occupe une colline qui domine la rive gauche de la Volga. À l'intérieur des remparts blancs, la mosquée Koul Charif reconstruite en 2005 et la cathédrale de l'Annonciation du XVIe siècle se font face sur la même esplanade. C'est l'un des rares ensembles où l'on circule sans transition entre les deux mondes. La tour penchée de Söyembikä, brique rouge de 58 mètres, marque l'angle nord du kremlin et garde une fonction symbolique forte pour les Tatars : elle rappelle la prise de Kazan par Ivan le Terrible en 1552.
La cuisine tatare mérite un chapitre à part. Les echpochmak, chaussons triangulaires fourrés à l'agneau et aux pommes de terre, se mangent en collation à toute heure. Le tchak-tchak, pâte frite agglomérée au miel, accompagne le thé noir servi dans les samovars. Nous emmenons régulièrement nos voyageurs au marché Bauman et dans les maisons de thé du quartier tatar de Staro-Tatarskaya Sloboda, en contrebas du lac Kaban, où subsistent les maisons de bois peintes des marchands musulmans du XIXe siècle.
La Volga, plus long fleuve d'Europe avec ses 3 530 kilomètres, structure la moitié orientale du pays. Depuis Kazan, on peut descendre le fleuve jusqu'à Astrakhan en sept à dix jours de croisière fluviale, avec escales à Oulianovsk, ville natale de Lénine, Samara, Saratov, et Volgograd, l'ancienne Stalingrad. Sur la colline Mamaïev Kourgan de Volgograd, la statue de la Mère-Patrie appelle, sculpture en béton armé de 85 mètres achevée en 1967, commémore la bataille qui fit deux millions de victimes entre 1942 et 1943. La navigation reste possible de mi-mai à fin septembre, le fleuve gelant en hiver dans sa partie nord.
Plus en aval, le paysage change radicalement. Après Volgograd, la Volga forme un delta de 19 000 kilomètres carrés avant de se jeter dans la Caspienne. Astrakhan, ancienne capitale de khanat tatar conquise en 1556, garde un kremlin blanc et un marché aux poissons où l'on vend encore de l'esturgeon d'élevage. Les champs de lotus fleurissent en juillet et août sur les bras secondaires du delta. Cette extrémité méridionale offre un climat sec et chaud, très différent des forêts mixtes du Tatarstan.
Au-delà du tourisme de croisière, la région Volga reste peu fréquentée par les voyageurs francophones. C'est précisément ce que nous trouvons intéressant : on circule dans une Russie musulmane et tatare, dans des villes industrielles méconnues comme Tcheboksary capitale de la Tchouvachie ou Iochkar-Ola capitale de la Mari El, qui rappellent la diversité ethnique du pays. Quarante peuples cohabitent dans le bassin de la Volga, dont les Maris, Tchouvaches, Mordves et Oudmourtes, chacun avec sa langue finno-ougrienne ou turcique.
À découvrir
Kremlin de Kazan et mosquée Koul Charif. L'enceinte blanche dominant la Volga abrite côte à côte la mosquée aux dômes turquoise de 2005 et la cathédrale orthodoxe du XVIe siècle. Visite en deux à trois heures, accès libre à l'esplanade.
Croisière Kazan-Astrakhan sur la Volga. Sept à dix jours de descente fluviale avec escales à Samara, Saratov, Volgograd. Cabines avec hublot, navigation possible de mi-mai à fin septembre.
Mamaïev Kourgan à Volgograd. Colline mémorielle de la bataille de Stalingrad surmontée de la statue de la Mère-Patrie, 85 mètres de béton armé. L'allée commémorative descend vers le centre-ville en une heure de marche.
Quartier tatar de Staro-Tatarskaya Sloboda. Maisons de bois peintes du XIXe siècle autour du lac Kaban, mosquée Marjani de 1770, maisons de thé où l'on goûte echpochmak et tchak-tchak en fin d'après-midi.
Delta de la Volga et champs de lotus. À 100 kilomètres au sud d'Astrakhan, les bras secondaires du delta se couvrent de lotus en fleur en juillet et août. Sortie en barque à moteur depuis les villages de pêcheurs de Damtchik ou Trekhizbinka.
Quand y aller
La saison utile s'étend de mi-mai à fin septembre, fenêtre qui correspond aussi à la navigation fluviale sur la Volga. En juillet et août, Kazan oscille entre 22 et 28 degrés en journée, avec des orages courts en fin d'après-midi. Astrakhan, plus au sud, dépasse souvent 32 degrés en plein été et reçoit moins de 200 millimètres de pluie par an, climat semi-aride très sec. Mai et septembre offrent des températures plus clémentes, 15 à 20 degrés, et moins d'affluence sur les bateaux de croisière.
L'hiver, de décembre à mars, immobilise la Volga sous la glace et fait descendre les températures à Kazan jusqu'à moins 15 degrés, parfois moins 25 lors des vagues de froid sibérien. La ville reste accessible et belle sous la neige, mais la croisière fluviale n'est alors pas possible. Avril et octobre sont des mois de transition, souvent pluvieux et boueux, que nous déconseillons sauf intérêt spécifique pour Kazan seule.
Conseils pratiques
Pour Kazan seule, comptez trois jours pleins : un pour le kremlin et le centre, un pour le quartier tatar et le musée national, un pour une excursion à l'île-ville de Sviajsk, fondation d'Ivan le Terrible à 60 kilomètres en amont, accessible en hydroglisseur l'été. Une croisière Kazan-Astrakhan demande dix à douze jours en comptant les vols d'arrivée et de retour. Le point d'entrée logistique est l'aéroport international de Kazan, relié à Moscou en une heure trente et à Istanbul en direct. Le train de nuit depuis Moscou, douze heures en couchette, reste la formule la plus économique et la plus utilisée par nos voyageurs.
Kazan se combine naturellement avec Moscou et environs en début ou fin de voyage, en deux à trois heures de vol ou douze heures de train. L'enchaînement avec l'Anneau d'Or est cohérent pour qui veut comparer Russie orthodoxe et Russie tatare. Pour une logique fluviale complète, la croisière jusqu'à Astrakhan peut se prolonger par le Caucase russe via un vol intérieur, Mineralnye Vody étant à une heure d'Astrakhan en avion. Le confort hôtelier est correct dans les grandes villes, plus rustique sur les bateaux de croisière où nous privilégions les compagnies russes opérant des navires rénovés. Cette région convient au voyageur curieux d'histoire, de mélanges culturels et de villes secondaires, moins au randonneur ou à l'amateur de paysages spectaculaires.
